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« Mais c’est tout simplement immoral ! » Ne faisant preuve d’aucun professionnalisme, Garrick s’en prit violemment au Dieu Suprême, Keiran, qui s’assit tranquillement sur son luxueux et confortable siège. « Je n’arrive pas à croire que tu veuilles que j’effectue une mission pareille ! »

Arborant une expression des plus paisibles, Keiran cligna simplement des yeux face au jeune homme furieux, et répliqua froidement « Depuis quand les principes moraux importent-ils ici ? En cet endroit où nous observons et jugeons l’humanité ? Nous nous basons sur des faits, pas des émotions. Tu le sais bien. » Ajouta-t-il sur un ton condescendant.

« Tss, je n’ai pas besoin que tu me le rappelles. Et je sais bien ce que je dois faire, mais il est hors de question que je- » Garrick était plus que partant pour cet affrontement verbal; ainsi, lorsque son supérieur se redressa subitement, il se senti s’agiter d’autant plus.

Keiran l’approcha alors face-à-face, avec un sourire narquois. « Écoute, j’aime ta façon de penser... » Une main gracieuse se déposa sur le cou de Garrick, avant d’atteindre son visage d’où elle se retira avec une tendre caresse. « Mais répondre à ton supérieur n’est pas une bonne idée quand d’autres personnes sont présentes. » Il ajouta sur un ton de mise en garde, mais tout en douceur.

Toujours aussi furieux, Garrick se retourna brusquement pour identifier l’intrus. Il s’agissait de Sylas, le Devin du Karma.

Au milieu de l’agitation dans le bureau aristocratique de Keiran, Sylas entra sans dire un mot. Il leva ses yeux pour voir un Garrick contrarié, et il ne lui était pas difficile de deviner pourquoi. L’homme à la tenue stricte salua l’air renfrogné de Garrick avec des mots sévères, « Cela a déjà été décidé. Nous avons fait notre part, maintenant c’est à ton tour. Tue ce garçon. »

Ces mots touchèrent une corde sensible chez le jeune homme, et Sylas se retrouva entraîné par inadvertance dans la dispute. Garrick cria, plein de remords « Mais il n’a rien fait de mal ! Sylas, toi-même, de toutes les personnes possibles, devrait voir cela ! »

« Je sais que son karma est au-delà des attentes normales chez les mortels, mais son destin est de mourir. » Sylas, toujours calme, croisa ses bras confortablement. « Il n’y a rien que même toi puisses faire contre cela. Et je suis sûr que toi, de toute les personnes possibles, sais que la vie n’est que rarement juste, Garrick. »

« Mais les bons humains sont censés avoir des vies heureuses ! N’est-ce pas ainsi que fonctionne ton travail ? Pourquoi ce gars-là est-il une exception ? »

Avant que l’affrontement n’aille plus loin, Keiran leva sa main, un geste pour dire d’arrêter. Il poussa d’abord un long soupir, comme s’il se préparait à un discours devant des enfants entêtés.

Lorsque les deux garçons cessèrent le feu, il détermina, « Garrick, c’est à toi de prédire l’avenir de chaque mortel et de t’assurer qu’ils se sont déroulés en conséquence. Sylas, c’est à toi de les juger en fonction des vies qu’ils ont menées. Et il est de mon devoir de m’assurer que tout votre travail se passe sans encombre ici à Runawynd. Finissons-en avec cette affaire, voulez-vous, messieurs ? »

« Monsieur. », Sylas s’inclina en signe de respect. Garrick s’inclina également, mais par obligation.

Je le déteste. Ce Keiran. Amèrement et avec insouciance, le Devin du Destin commença à avoir de sombres pensées. Je hais sa manière de me traiter et de me prendre de haut. Je hais sa manière de ne penser à personne d’autre qu’à lui-même... Ce garçon va mourir de sa main alors qu’il ne le mérite même pas...

Je refuse de le tuer. Je refuse  de le laisser mourir à cause de l’égoïsme de Keiran.

« Bien. Puisque tu en as fini avec ton travail d’aujourd’hui... Sylas, pourrais-tu me faire plaisir et préparer mon bain ? C’est à peu près l’heure, tu sais. Oh, et encore merci pour ce copieux dîner, c’était vraiment délicieux. »

Après s’être incliné en signe de reconnaissance, Sylas obéit et se retira silencieusement par l’extravagante porte. Mais au moment où Garrick se mit à le suivre, Keiran l’appela rapidement, comme s’il venait de se souvenir d’une affaire urgente. « Ahem, Garrick. Reste, il faut qu’on parle. »

« Ah ouais ? De quoi d’autre veux-tu parler ? J’étais en route pour remplir ma mission. » Bien que son corps restait immobile sur commande, ses yeux désespérés étaient toujours dirigés droit sur Sylas, qui ferma la porte derrière lui, silencieusement.

« Vraiment ? Je pensais que... enfin, tu pensais que... » Son sourire pris un air plus satisfait. « À cause de mon égoïsme, tu refusais de laisser ce garçon mourir. Ai-je tort ? »

Maudit soit-il pour avoir la capacité de lire dans les esprits. Maudit sois-je pour avoir mes barrières télépathiques désactivées. « Ce garçon est innocent. » Garrick prit soin de souligner. Au lieu de son approche directe habituelle, il décida cette fois-ci d’agir avec fierté et professionnalisme.

« Oui, oui, je sais. Je sais... Sylas sais... tu sais. » Une simple conversation ne semblait guère impressionner Keiran, qui commençait à se préparer pour son précieux bain. Lorsque le Dieu Suprême s’approcha de la fenêtre, Garrick l’observa avec peu, voire pas le moindre intérêt. « Maintenant, avant que tu ne partes, j’aimerais te poser quelques questions. »

Souhaitant vraiment trouver une échappatoire, les yeux de Garrick observèrent à travers la fenêtre, où il voyait un monde que Keiran avait lui-même créé. Le soleil avait disparu il y a à peine 15 minutes, et pourtant le monde est encore trempé d’une lumière à la teinte dorée telle un crépuscule. Tout semblait beau et paisible. À ce moment-là, Garrick pris la décision de ne plus remettre en question les motivations et les décisions de son supérieur.

Ainsi, dans l’intention de poursuivre l’interrogatoire, Garrick consentit d’un hochement de tête. « Vas-y. »

« Peux-tu voir comment il va mourir ? »

« Non, pas pour l’instant. Je vois jusque qu’il va mourir. »

« Et quand cela? »

Garrick cessa d’observer à travers les rideaux de la fenêtre et dirigea son regard vers l’armoire  devant laquelle le grand homme se tenait maintenant. Keiran, pensif, saisit soigneusement un peignoir de bain correspondant aux teintes pourpres de ces rideaux. « Dans deux jours. »

« Alors tu as prédit deux jours à l’avance que cette personne allait mourir, mais tu ne peux toujours pas spécifier comment il mourra ? » Keiran clarifia en douceur. Avec son doux et aristocratique sourire mêlé à des traits virils, il se tourna vers Garrick, s’approcha plus près de lui, et posa son peignoir rouge sur le canapé à côté du subordonné hésitant.

Garrick n’appréciait pas d’être privé d’un minimum d’espace personnel, mais il ne laissa pas quelque chose d’aussi insignifiant lui encombrer l’esprit. « J-je pense que ce garçon est différent. Pour je ne sais quelle raison, j’ai le sentiment que... je dois le protéger. Je ne veux pas qu’il meurt, Keiran. »

Après avoir récupérer son peignoir, Keiran s’assied sur le canapé, étirant ses membres tel un félin. Il resta silencieux un moment pour réfléchir, puis respira un grand coup. De là où il se tenait, Garrick pouvait voir Keiran fermer doucement ses yeux, passer ses doigts dans ses cheveux roux, et soupirer une fois de plus.

« Tu ne l’as jamais rencontré avant. Tu ne l’as jamais vu. Tu ne connais même pas son nom, ni d’où il vient, ou quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. Tu sais seulement que c’est quelqu’un de gentil et qu’il ne mérite pas le sort qui lui est réservé. » Les paupières de Keiran s’ouvrirent soudainement, souriant légèrement face à l’intense Garrick.

Il continua : « Alors pourquoi ferais-tu une chose pareil pour un tel étranger ? Tu es vraiment imprévisible, mon cher Garrick. » D’une main, il commença à déboutonner sa chemise (Garrick supposa que c’était pour se changer et enfiler son peignoir). Et de son autre main, il tendit la main pour caresser les cheveux de Garrick de manière espiègle, passant ses doits sur ses légères, blondes mèches. « C’est quelque chose que j’aime chez toi. Tes pensées, tes sentiments, tes émotions... cela te rend tellement... humain. »

Garrick se retourna brusquement, embarrassé et énervé, cherchant à nouveau à se libérer de cette situation, les yeux tournés droit vers la porte. « Si tu as finis avec ton interrogatoire, pourrais-tu me laisser partir ? »

Keiran ricanait légèrement, perturbant encore plus son subordonné. « Très bien, trésor ! Je me rends ! Je vais te laisser le sauver. À une condition, bien entendu. Tu ne peux rien obtenir sans rien donner en échange, après tout. »

Déconcerté, le Devin du Destin se retourna pour faire face à l’honnête homme. Mais un soudain sentiment de dégoût frappa Garrick. Se mordant la lèvre, il observa Keiran sourire d’autant plus tout en marmonnant, « Ah, il y a tant de choix... Que pourrais-tu faire pour moi, très cher ? Que vais-je donc faire de toi... ? » Pour pimenter encore un peu plus les choses, Keiran déboutonna le dernier bouton de sa chemise, révélant sa carrure mince, mais musclée.

Ce geste déplacé fit presque perdre ce qu’il restait d’intacte de l’état mental de Garrick, qui se plaignit sans réfléchir : « Ne me fais pas peur comme ça. Choisis juste la première chose qui te vient à... Oh non, attends, tu ne penses quand même pas à... ! »

Keiran soumit sa condition à son intrigué auditeur : « Ne demande jamais son nom. S’il te le dit, notre accord prend fin, est-ce clair ? »

Garrick, confus face à cette requête, soutenu : «  Mais ce ne sera pas difficile du tout. Pourquoi cette étrange demande ? »

« Parce que j’ai le sentiment que cela n’aura pas d’importance dans un avenir proche. »


Franchement, ce Keiran...  Je ne comprends vraiment pas pourquoi il m’aide. Au final, il m’a donné une photo de ce gars, une carte avec les indications sur l’endroit où il vit, et m’a même aidé à faire les préparations nécessaires pour mon séjour sur Terre. C’est vraiment une situation bizarre... ou peut-être pas, du moins pour lui. Le terme « bizarre » prend un sens tout particulier avec ce type. Garrick, tout en marchant, se perdit dans ses pensées.

Avant de rencontrer Keiran et de s’être vraiment ouvert d’esprit quant à sa personnalité ses méthodes philosophiques, Garrick n’avait pas idée de l’importance qu’il y avait à penser. Il lui fallait juste travailler. Mais cela remonte à loin.  Ce fût seulement suite à la rencontre de son propre destin qu’il se dit soudain « J’ai une tête, alors autant m’en servir. »

« Les gens changent en fonction des personnes qu’ils rencontrent. » Peut-être que cela est vrai. Peut-être que l’on en apprend plus avec chaque rencontre, que ce soit une leçon de vie ou des choses plus simples. De par son expérience personnelle et son gain en maturité, cette subtilité semblait être tout particulièrement importante aux yeux de Garrick.

C’est une personne d’une telle puissance... je ne comprends pas pourquoi il est si indulgent envers moi. Bien sûr, je fais ma part de travail là-haut, mais... Je suppose que ce n’est pas la peine d’essayer de comprendre ses motivations. Ce sont ses affaires, pas les miennes. Enfin, peut-être que si, sur ce coup-là. Bref, peu importe. Je ne sais même plus ce que je raconte, de toute façon.

L’idée de descendre sur Terre excitait Garrick comme rien d’autre auparavant. Être parmi les gens sur Terre... les humains et leurs cultures uniques n’ont jamais cessé de le fasciner. Chaque individu est si différent, mais en même temps ils sont tellement semblables. Il se perdit dans ses pensées, plein d’optimisme.

Garrick jeta un œil à sa carte pour constater que sa destination ne se trouvait qu’à quelques pâtés de maisons de sa position actuelle. Compte tenu de l’heure, la ville était tout particulièrement paisible. Les magasins, les gens, les lumières... tous se faisait plus rare dehors. Pendant un instant, le Devin du Destin se demandait s’il était bien sage d’approcher un être humain à une heure aussi tardive. Heh, ouais, cela pourrait devenir très vite gênant.

Non loin de là, il pouvait entendre le faible bruit du vent soufflant à travers les arbres, vent frais qui le fît frissonner légèrement. L’air ici-bas est très différent de celui que nous avons là-haut. Il est plus... froid. Incroyable le pouvoir qu’a Keiran de pouvoir changer les saisons ainsi. Là-haut, les arbres sont en fleur, tandis qu’ici c’est... l’automne, je crois. C’est incroyable !

Une soudaine rafale de vent sortie de nulle part fit perdre l’équilibre à Garrick, qui se cogna maladroitement sur un tronc d’arbre se trouvant à proximité. Plus étrange encore, il sentit une branche caresser son bras...

Est-ce qu’il... me joue des tours ?! Tss, se jouer de moi en se servant de la nature, ce sale... ! Bon sang, j’aurais dû m’habiller plus chaudement !

Navigant furtivement vers la maison, Garrick se demandait si frapper à la porte serait approprié. Après tout, qui s’attendrait à entendre quelqu’un frapper chez eux si tard dans la nuit ? Et qui se lèverait pour venir voir ? Franchement, je ne suis pas sûr que ce soit-

Avant même d’avoir le temps de lever la main vers la porte, celle-ci commença à s’ouvrir mystérieusement. À la grande surprise de Garrick, un jeune homme identique à celui de la photo qu’il avait entre les mains jeta un œil et sourit en voyant Garrick avant de finalement ouvrir la porte.

« Entrez. Il commence à faire froid dehors, vous savez. » Sa voix douce et calme correspondait à son apparence. Son teint pâle émettait une lueur d’innocence sous ce clair de lune. Ses yeux étaient d’un vert chatoyant, tels une colline luxuriante. Notamment, Garrick remarqua que les gestes du jeune homme étaient tout aussi raffinés et subtiles.

Alors c’est le genre de personne que je voulais sauver ? Garrick se dit ironiquement, hébété. Quelqu’un de si... beau ?

Avant même d’entrer, l’étranger qu’est Garrick interrompu le jeune homme. « Attendez une minute. Vous ne savez même pas qui je suis, alors pourquoi me laisser entrer chez vous comme ça ? » Sans le vouloir, sa voix prix un ton incrédule et quelque peu humoristique.

Après lui avoir lancé un regard confus, le jeune homme se mit à rire, « J’aurai une question similaire à vous poser plus tard ce soir. Allez, entrez ! J’ai préparé du thé, venez donc en prendre un peu ! »

Garrick entra donc, retirant ses chaussures au passage, avant de suivre son hôte dans une salle à manger, où deux places à table étaient déjà préparées et décorées. Est-ce Sylas qui me joue des tours cette fois-ci ? Ou peut-être que cela fait partie du plan de Keiran...? Pourquoi m’aurait-il laissé entrer aussi facilement, sinon ?

« Croyez-le ou non, mais j’ai en fait rêvé que vous alliez venir. » Le jeune homme résuma joyeusement, tout en remplissant une tasse de thé bien chaud pour son invité.

« Un rêve, hein ? » Un rêve ? C’est vraiment bizarre. Je ne connais personne qui puisse envoyer des rêves... À moins que Keiran en soit capable ?

« Oui, c’est ça. ‘Un homme aux cheveux blonds et aux yeux aussi bleus que l’océan viendra à votre porte ce soir. Il sera votre ange gardien...’ Ou du moins, c’est ce qui m’a été dit. Du coup, je suis resté debout et vous ai attendu. » Un doux sourire accompagna les doux traits de son visage. « Mais c’est un peu... fou, vous ne trouvez pas ? »

« Vous n’êtes pas du genre à croire au ‘destin’ ou quoi que ce soit dans le genre, j’en déduis ? » Garrick demanda avec tact, avant de boire un peu de thé.

Le garçon s’assied en face de Garrick en le regardant avec étonnement. « Eh bien, je ne sais pas trop. J’ai eu des rêves étranges comme celui-là auparavant, mais je trouve tout de même cela très étrange. »

« Hah, c’est un euphémisme. » Les deux hommes discutèrent au sujet de diverses formalités, du thé, de la maison dans laquelle il vivait seul... Garrick fût même surpris d’apprendre que le jeune homme avait une vingtaine d’années. Cependant, il prit soin d’éviter le sujet qui revient toujours lors des présentations : son nom.

Je ne sais pas pourquoi, mais... c’est tellement facile de discuter avec lui. Un peu comme un frère, peut-être ? C’est comme s’il s’agissait d’une réunion longuement attendue... C’était un sentiment tout nouveau pour Garrick, mais il décida de ne pas s’attarder sur le sujet. « Quoi qu’il en soit, je voulais juste demander s’il m’était possible de rester avec vous pendant quelques jours. Seriez-vous d’accord ? »

« Oh ? Est-ce en rapport avec le fait que vous deveniez mon ange gardien ? Combien de temps resterez-vous ? »

« Deux jours. » Garrick commençait à faire tourbillonner les feuilles se trouvant dans le peu de thé qu’il reste dans sa tasse, en les regardant flotter au fond. « Après cela, eh bien... »

 « Est-ce qu’il va m’arriver quelque chose ? » le jeune homme lui demanda calmement, dénué de peur.

Il n’a pas perdu de temps pour demander quelque chose comme ça. C’est un gamin intelligent. Mais que suis-je censé lui dire à ce propos ?

« Je me disais juste que... vous savez, puisque j’ai besoin d’un ange gardien, c’est qu’il doit se passer quelque chose. Comme si j’avais besoin d’une protection supplémentaire. Je ne sais pas pourquoi j’en aurais besoin, cela dit. Ce n’est pas comme si quelqu’un allait venir s’en prendre à moi, et cette ville est tellement paisible. Donc j’ai du mal à imaginer... »

Keiran ne m’a jamais dit de ne rien lui dire, alors... « Oui, vous êtes en danger. Dans deux jours, quelque chose va se passer. Je ne sais pas quoi, mais je voulais être là pour vous protéger. » Après une réponse aussi honnête, Garrick se reprocha intérieurement, Oh bon sang, je n’aurais pas dû le dire comme ça.

« Attendez, donc... vous feriez cela pour quelqu’un que vous ne connaissez pas ? Je sais que vous allez être mon ange gardien pour un jour ou deux, mais tout de même, c’est dingue. Dans un monde pareil, une telle chose est... disons... »

Merde, je crois que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Il a l’air un peu contrarié. « Il est préférable de ne pas remettre cela en question. Nous somme soit avec le destin, soit contre lui, vous savez ? »

Silencieusement, le garçon aux yeux verts cessa de boire son thé. Il poussa un léger soupir, réfléchissant longuement avant de parler, « Vous ne voulez pas savoir qui je suis ? »

« Non, pas vraiment. » Je ne suis pas habitué à faire preuve d’aussi peu de professionnalisme. Enfin, je crois.

« Pas même mon nom ? » Ses yeux fixaient ceux de Garrick.

...Lecture d’esprit. Ce gosse est un dieu ou quoi ? ...Heh. « Non, je ne veux pas l’entendre. Laissez-moi juste faire ce que je dois faire, d’accord ? » C’était un mensonge. Mais peu importe, je n’ai pas le choix.


Les deux garçons conclurent un accord : Garrick serait autorisé à partager la maison avec le jeune homme pendant les deux prochains jours. Du point de vue de Garrick, plus ils restaient ensemble, plus il serait difficile pour la mort de l’emporter.

Évidemment, Garrick prit soin de ne pas mentionner que l’homme avait tout de même une probabilité de mourir, bien qu’il le soupçonnait de déjà s’en douter. Peut-être que cet individu s’avérerait être bien plus que ce qu’il semblait être... ?

Le Devin du Destin le laissa aller à ses tâches quotidiennes sans le gêner. Il insista cependant pour que le garçon reste chez lui pendant les jours à venir. Il estima qu’il n’était pas nécessaire de se mettre en travers de son chemin pour l’instant, sachant que le danger potentiel ne serait présent qu’au deuxième jour.

Mais à ce stade, Garrick se sentait déjà comme étant un fardeau, surtout après qu’il fût autorisé à rester dans la chambre d’invité qui était libre. De plus, le jeune homme avait préparé de bon repas en son honneur. Je suppose qu’à ses yeux... je suis vraiment son ange gardien. Et ça me convient, pour l’instant.

Dans la nuit du premier jour, Garrick demanda à mettre en place un lit dans la chambre du jeune homme afin d’assurer sa sécurité. Sans hésitation, l’homme s’exécuta immédiatement. Et bien qu’il offrît d’aider Garrick à s’installer, ce dernier refusa, estimant qu’il en avait déjà assez fait pour lui.

Le jeune homme s’endormit en premier, laissant Garrick veiller sur lui pendant son sommeil. Je me demande tout de même quel est son nom, cela dit. Keiran a dit que ce n’était pas important, mais...

Immédiatement après, Garrick senti le téléphone portable, que Keiran lui avait donné pour cette ‘si dangereuse mission’, vibrer dans sa poche. La surprise fit d’abord sursauter Garrick, qui procéda ensuite par tâtonnement dans le noir afin trouver la bonne touche pour répondre.

« Shhh, qu’est ce que tu veux ? Tu vas réveiller le- »

« Ne parle pas, dans ce cas. » lui dit une voix pompeuse qui semblait lui parler directement dans son esprit. La voix de Keiran résonnait étrangement dans sa tête. « Je peux lire dans les esprits, rappelles-toi. Et oui, même par téléphone, je peux envoyer mes propres pensées. »

...Espèce d’enfoiré perverti.

« Oui, bon... Garde tes barrières actives et ça devrait aller. »

Avant que Garrick n’ait eu l’opportunité de préparer son cerveau pour la conversation, la voix de Keiran se fit entendre haut et fort. « Alors, comment va le bébé ? »

Euh, ça va jusque-là... Hé, pourquoi dois-je tenir le téléphone, si tu peux lire dans mes-

« Tu divagues beaucoup quand tu penses, tu sais, trésor ? Vide-toi un peu l’esprit. C’est un art qui peut être maîtrisé. Quoi qu’il en soit, je suis ravi de l’entendre. Et j’ai pris la peine de t’appeler pour te dire que tu baisses ta garde. »

Je... quoi ?

« Je peux voir à quel point tu tiens à ce garçon. Comme un frère, n’est-ce pas ? » Garrick pouvait sentir le sarcasme et un air dramatique émaner de la voix résonnante de son supérieur. « Oh, je suis FOU de jalousie ! »

S’apprêtant à appuyer sur la touche pour mettre fin à l’appel, le Devin du Destin donna à son auditeur une dernière chance. Pourquoi m’as-tu appelé ? Et sérieusement, cette fois.

« Combien de temps comptes-tu rester ici ? »

Un jour de plus. Demain... Je suppose qu’on verra ce qu’il se passera. Mais après ça, ça ira pour lui, n’est-ce pas ?

« Tu veux dire que tu ne peux pas voir son future de là où tu es ? »

Non... En particulier ici sur Terre. Hé, au passage, j’ai une dernière question à te poser.

« Je t’écoute, trésor. » À l’autre bout du téléphone, Garrick pouvait vaguement entendre une théière commencer à souffler. Peut-être que Keiran était d’humeur à se prendre un thé en pleine nuit... ?

Ce gars a dit qu’il avait fait un rêve, et j’y étais.  Je veux dire... c’est pour ça qu’il m’a laissé entrer chez lui, parce que je suis son ange gardien. Tu as une idée de ce que c’est que toute cette histoire ?

« Hmm... » Keiran suggéra, « J’aurais pu avoir quelque chose avoir avec ça, mais je pense qu’il s’agit de quelque chose qui a plus à voir avec lui qu’avec moi. »

Ce qui signifie... ?

« Je veux dire que ce garçon, comme tu l’as probablement deviné, est bien plus que ce qu’il n’en a l’air. As-tu déjà entendu dire que les gens changent en fonction des personnes qu’ils rencontrent ? Eh bien, je pense qu’il s’agit là d’une parfaite opportunité pour toi, mon cher Garrick. »

Légèrement irrité par le fait que Keiran changea de sujet, Garrick s’en contenta malgré tout. Oh, et une dernière chose, Keiran.

« Encore une fois, je t’écoute, mon très cher. »

N’utilise jamais d’objets aléatoires pour me toucher. Ce... câlin avec l’arbre était un peu bizarre, hasardeux, et vraiment déplacé.

« Hahaha, je suis ravi que tu ais apprécié. » Keiran rit bruyamment au téléphone, et commença à verser de l’eau dans l’une de ses tasses de thé les plus raffinées. « Je pensais juste ‘Oh, j’ai le sentiment qu’il commence à me respecter, à dire à quel point les différences entre nos deux monde sont extraordinaires !’ J’étais juste touché, et je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir- »

Il y avait une limite à ce qu’un homme pouvait supporter, et cette fois, c’en était trop pour Garrick, qui s’empressa de mettre fin à l’appel. Avant de rejoindre son partenaire dans un sommeil bien mérité, il se rappela de faire attention à bien rester sur ses gardes pour empêcher que quiconque ne puisse lire dans son esprit.


« Puis le jour du jugement du gamin arriva. Tu sais, le deuxième jour. Il est resté à la maison, j’ai gardé un œil sur lui, il m’a préparé des repas, et rien d’autre ne s’est passé. » Garrick résuma à Keiran, s’exprimant avec une légère insatisfaction vis-à-vis de la mission précédente. « C’était bizarre quand on y pense. Tout ce que j’avais à faire était de le garder chez lui, rien de plus. Mais quoi qu’il en soit, on a évité sa mort.

« Eh bien, je suis ravi d’entendre que tout ce soit bien passé au final, trésor. » Le supérieur satisfait se leva de son luxueux canapé pour aller s’emparer d’un nouveau peignoir. C’était à peu près l’heure de son bain, après tout. « Ce sont vraiment les plus petite choses qui font la différence, tu sais. Je pense que si tu l’avais sauvé d’un destin vraiment horrible, en tuant un dragon par exemple... tu ne l’aurais pas plus impressionné. »

Avant que l’homme hésitant ne puisse avoir l’occasion de protester, Keiran s’adressa à nouveau à lui. « Veux-tu savoir comment il serait mort ? »

La réponse de Garrick fût rapide. « Non, pas vraiment. Ça n’a plus vraiment d’importance, maintenant. »

« Veux-tu... savoir ce que je lui ai dit exactement ? Tu sais, après le deuxième jour, quand tu me l’as amené ici ? » Alors que Keiran parlait, ses actions laissait s’afficher une certaine distraction, tandis qu’il mit la main dans sa garde-robe pour saisir le peignoir de son choix. « Tu as fait comme il te l’a été demandé. J’en suis content. Sylas et moi avons fait de notre mieux pour le juger. »

Garrick resta silencieux face à ces paroles. Bien sûr que je veux savoir. Pour une raison quelconque, ses pensées se faisaient nombreuses, mais il n’osait pas parler. Peut-être avait-il peur de ce qu’il pourrait entendre, peur qu’il puisse aborder un sujet important...

« ‘Tu peux retourner sur Terre sous la forme de rêves’. C’est ce que je lui ai dit. » Satisfait de son choix de peignoir, Keiran se retourna pour regarder son subordonné, comme souvent. « Voilà, maintenant tu sais. Il travaillera avec nous, en tant que messager. Il nous aidera à donner certains signes aux humains. Il a une sorte de don pour ça. »

...Des rêves ? Pendant un instant, Garrick s’interrogea sur l’information qui venait de lui être donnée. Il sourit en concluant, « Comme c’est approprié. »

« Oui, c’est ce que je me suis dit aussi. » Keiran mit son peignoir de côté, en attendant le retour de Sylas. Au lieu de ça, il décida de s’adonner à un petit jeu installé sur son bureau, probablement aménagé par Sylas. « Sais-tu quel est son nouveau nom ? Torrin. Mignon, n’est-ce pas ? Je l’ai choisi moi-même. »

Un nouveau nom, donc une nouvelle vie ici. Je suppose que son ancien nom n’a plus aucune importance maintenant. « Mais ça semble quand même un peu égoïste, tu sais ? I a dû... » L’homme blond fit une pause au milieu de sa phrase, avant de s’emporter et laisser ses émotions parler pour lui. Brièvement, il se demanda si une telle chose serait sage... ? Malgré ça, il continua de s’adresser à son auditeur, « I a dû refuser toutes les choses que le monde avait a lui offrir pour se joindre à moi. Est-ce que ça vaut vraiment la peine, ou suis-je simplement égoïste ? »

Keiran inhala de manière spectaculaire, et ajouta d’une façon apparemment rhétorique, « Qui sait ? Ce n’est pas comme si je pouvais répondre à ce genre de question à ta place, mon cher. Mais le changement semblait ne lui poser aucun problème. Il n’était pas vraiment attaché à la vie sur Terre, de toute façon. Heureusement pour nous, d’ailleurs. »

Un silence complet s’instaura entre les deux hommes. Tous les mots qui étaient venus à l’esprit de Garrick lui avaient échappé, et toutes les actions de Keiran pour préparer son bain cessèrent. Pendant un moment, ils s’arrêtèrent tout simplement et profitèrent mentalement du changement de vie qui se présentait à eux.

Un nouveau membre ici... Ce gars aux rêves, Torrin. Garrick eût le sentiment qu’en pensant à ce nouveau nom, il s’y habituerait plus rapidement. Malgré ses doutes, il était satisfait de cette nouvelle situation.

Avant de permettre à Keiran de tourner son attention sur autre chose, Garrick s’adressa à lui. « Une dernière question... Savais-tu que ça allait se produire ? Est-ce que tu as préparé tout ça à l’avance, pour que lui et moi nous rencontrions, et qu’il soit sauvé ? »

« Les humains sont les mêmes, mais pourtant bien différents. » La douce voix de Keiran résonna à travers la pièce, « J’aime les observer, parce que la plupart d’entre eux sont tellement fascinants... Non, j’ignorais que cela allait arriver. Mais oui, j’ai choisi de vous aider, parce que je suis un gars gentil. »

Ayant le sentiment d’avoir affaire à un schéma familier et gênant, Garrick senti l’autre homme s’approcher de lui rapidement. Il ne savait pas s’il devait fuir ou rester sur place, mais il avait trop peu de temps pour y réfléchir, avant que l’homme ne l’atteigne. Ces doigts on ne peut plus familiers caressèrent ses cheveux et son visage avant de descendre le long de son dos.

Refusant de laisser son subordonné s’en aller, le supérieur murmurant doucement à l’oreille de sa proie en ajoutant un rire bref, « Et les gentils gars aiment recevoir une compensation, tu sais, très cher... » Garrick senti alors une pression sur sa chemise, et réalisa que deux boutons avaient déjà été défaits.

Dans une manœuvre désespérée, Garrick, mortifié, lutta pour se libérer de l’emprise non souhaitée de l’autre homme, arrivant à se libérer, mais tombant bêtement sur le canapé.

Attiré comme un aimant, Keiran s’empressa de se joindre à lui.

Quelqu’un frappa soudain à la porte et sans attendre la permission, un jeune homme entra. Torrin resta debout un moment, jeta un œil à l’homme choqué immobile, et sourit.

Nullement affecté par la soudaine apparition, Keiran reboutonna la chemise de Garrick à sa place. « Ah, Torrin, trésor ! Comment te sens-tu ? » Keiran ne fit aucun effort pour tenir compte des remarques vives de Garrick, tandis qu’il se préparait devant Torrin.

« Oui, je vais bien. Je voulais juste... vous dire merci. À tous les deux, bien entendu. » Le nonchalant Torrin garda sa main sur la poignée de la porte, et s’en alla avec une phrase mystérieusement joyeuse, « Bon, c’est tout. Je vous laisse donc vous remettre au travail. »

La porte se referma.

Pour la deuxième fois de la journée, ce silence cordial frappa les deux hommes. Toujours fâché, Garrick repensait au tout récent scénario. Ces yeux d’un bleu océan se tournèrent prudemment vers Keiran, qui se tenait tranquillement devant son coin de fenêtre préféré, regardant simplement vers l’extérieur.

« Je me demande s’il sera vraiment heureux ici... » Garrick pensa à haute voix, souhaitant presque entre une réponse honnête de la bouche de Keiran.

« Je t’ai donné plusieurs options, et tu as choisi de le sauver. Je lui ai donné plusieurs options, et il a décidé de rester. C’est avant tout une question de choix. Que ça te serve de leçon, mon très cher. »

Vous savez, je ne saurais dire si c’est un crétin ou un génie. Ce Keiran...

Bon, peu importe. Le temps passe. C’est tout ce que c’est censé faire, de toute façon. Et on suit, parce qu'au final, c’est ce que nous sommes censés faire.

 

 

TITRE ORIGINAL / ORIGINAL TITLE : Diviners of Runawynd.

Doing some translation work because I need some practice and see how far my translation skills can go for now. Took me around 6:30 hours to translate it, and something like 1-2 hours for proofreading.



ENGLISH :

Translation English→French of Diviners of Runawynd Act I by Runawynd. You can also see more about the story on her website dedicated to it.

Received permission from the author to translate Diviners of Runawynd and share the translation on my Deviantart and my Tumblr.

Diviners of Runawynd © :iconrunawynd:
Translation to French and picture by ReaperFFseven / Hemuvel.



FRANÇAIS :

Traduction Anglais→Français de Diviners of Runawynd Act I par Runawynd. Vous pouvez également en apprendre plus sur son site web dédié à Diviners of Runawynd (Anglais uniquement).

Permission reçue de la part de l'auteur pour traduire Diviners of Runawynd et partager la traduction sur mon Deviantart et mon Tumblr.

Les Devins de Runawynd (Diviners of Runawynd) © :iconrunawynd:
Traduction française et image par ReaperFFseven / Hemuvel.



I copy-past here the description she made on Act I :

"I consider Diviners of Runawynd to be a spiritual, fantasy fiction about four men who work in my version of Heaven: Runawynd. Each of the men have specific jobs while watching over the mortals' judgements by use of karma, fate, and/or dreams. Most often, they all help to keep the earth in check. The four main characters are Keiran (the supreme god), Garrick (the diviner of fate), Sylas (the diviner of karma), and Torrin (the diviner of dreams).

Summary: "Garrick, it's your job to foresee and - if need be - help carry out the mortal's fates. Sylas, it is your job to judge them according to the lives they've led. And I, Keiran, am here to make sure all your work goes smoothly. So, let's get this one done and out of the way, all right, gentlemen?"

Characters: Garrick, Keiran, Sylas, Torrin
Rating: Rated: T
Genre: Fantasy, Spiritual
Warnings: Lots of men doing random things to help people out... And a twist of BL humor! (Consider yourself warned!)"
:iconrunawynd:
Runawynd Featured By Owner Mar 29, 2016
THIS IS ABSOLUTELY AWESOME!!! :love: :glomp: I am so amazed at how little time it took you to translate this (only 6 hours, REALLY??). You really have a great grasp of both languages, I'm so jealous :> And I'm just so tickled that you decided to do this for me! :heart: It is soooo AMAZING to see this in French~!! :squee:
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