Shop Forum More Submit  Join Login
×
Le Soleil perce au travers des persiennes et des étoiles clignotent devant tes yeux au rythme des douleurs dans ton crâne. Délicieux souvenirs de la fête d’hier soir. Tu te lèves encore ensommeillé, avale deux cachets et regarde rapidement dans le frigo avant que ton estomac et toi optiez pour un café noir bien serré. Dehors la ville s’active, les fourmis travaillent durent pour faire fonctionner la colonie. Tu souris en repensant aux yeux de Sarah, la fille d’hier soir, mais tu es incapable de te rappeler d’autres choses. Les sons venant de la porte te font redescendre sur Terre. Trois mois de salaire en retard, voilà ta vie réelle. Hier soir n’était qu’une bulle temporaire dans le grand vide de ton quotidien. Allumant une clope tu fais de même avec ton ordinateur. Tu tentes d’ouvrir tes volets. Putain de lumière, tu abandonnes, et tu les refermes, préférant garder l’usage de tes yeux. Tu ouvres internet et consultes Facebook. Les photos de la fête sont déjà là. Tu contemples alors un autre toi, un toi qui fait la fête, qui sourit, qui a l’air heureux, un toi déchiré, mais sans problème. Tu jettes ton mégot dans un cendrier noyé sous tes blondes déjà fumées. Le paquet est vide, tu jures et tu te décides à sortir, pour trouver ce qui te permet de tenir. Tu mets tes Ray Ban, vestiges de ton ancien toi, et tu descends les onze étages qui te séparent du sol. Les bruits résonnent dans la ville. Les costards-cravates courent dans les rues, mais tu es en dehors de leurs délires. Tu marches et le fluide passe à travers toi. Une vitrine te renvoie ton reflet, un t-shirt froissé qui demanderait à être changé, un jean troué, un teint d’après cuite, et les cernes qui vont avec. Tu rentres dans le même fournisseur que d’habitude, et tu demandes la même marque. La routine t’assassine à petit feu, mais tu te dis que tu n’y peux rien, tu es l’acteur de ta vie, celui qui obéit scrupuleusement au script, pas celui qui improvise chaque scène. Un nouveau personnage entre sur le plateau, elle te bouscule, se retourne et te demande pardon. Cadrage serré sur ses yeux, les mêmes que la fille d’hier, mais sur une personne différente. Elle reprend son chemin, et toi tu restes là à la regarder se fondre lentement dans le courant. Une partie de toi veut retourner dans ton deux pièces misérable, l’autre veut la suivre, casser la routine infernale qui dirige tes journées. La vie est fait de chemins comme celui-là, de choix et ta jambe droite a fait le sien en se dirigeant vers ton rêve le reste de ton corps n’a fait que la suivre. Tu essayes désespérément de ne pas la perdre, prenant les rues les unes après les autres, évitant les voitures quand tu traverses sans te conformer au code, au grand dam des moutons en costume derrière toi qui attendent leur tour. Gauche, droite, tu te perds dans la ville, l’ombre prenant une place de plus en plus importante dans le décor, mais continuant à la suivre quoiqu’il t’en coûtera. Elle prend à droite dans un passage, tu prends à droite et tu la perds. Le tunnel est sombre, mais tu y vois suffisamment pour savoir qu’il n’y a personne. Tu ne vois qu’une lumière venant du bout et tu la suis, attiré comme une abeille sur du miel. Les bruits s’atténuent pour s’éteindre au bout de quelques minutes. À la sortit du passage, un autre décor s’offre à toi, une façade de maison à deux étages, une esplanade d’herbe devant, une rivière coule au milieu. Tu te fous de savoir ce que fait cet endroit au beau milieu de la ville. Oubliant les yeux verts qui t’ont guidé ici tu te diriges vers la rivière, tu t’allonges sur l’herbe. La routine à l’agonie te fait prendre et allumer une cigarette, tu la fumes en regardant les oiseaux piailler, les bruits de gens pressés remplacés par les bruit de gens faisant le ménage, de fenêtres qui s’ouvrent sur une chaleureuse chambre, de draps qu’on laisse pendre sur le rebord des fenêtres, des rires. Le soleil inonde joyeusement ton visage. Tu fermes tes yeux et tu respires à fond l’air de cet endroit, chargé en pollen, en herbe humide, en oxygène. Et tu t’endors. Quand tu ouvres un œil, le soleil est déjà bas à l’horizon, et un groupe d’enfants te regarde avec curiosité. Il s’enfuit en rigolant au moment où tu t’assois. Tes mains s’agitent frénétiquement autour de toi, mais tes cigarettes ont disparu. Frottant tes yeux tu te demandes que diable s’est-il passé pendant que tu dormais. Tu sursautes, une poigne amicale se pressant sur ton épaule. Tu te retournes et une fille te propose un café avec sa famille en te montrant une table devant une maison. Tu acceptes bien sûr, incapable de refuser à de si jolis yeux verts. Tu ries et tu souris au buvant ton café, et soudain tu réalises que la bulle d’hier soir s’est transformé en univers réel, palpable et solide. Tu n’as eu qu’à faire un choix, un millième de seconde dans une vie, mais cette fraction de temps change le script, change l’auteur et des fois change le réalisateur. Et si ce chemin se présente à nous serions-nous capable de la distinguer, le reconnaître et le prendre ? « Ne rêve pas ta vie, mais vie tes rêves » et si c’était cela le bonheur? Tu souris à cette pensée. Tu bois une gorgée de l’arabica que tu tiens entre tes mains, zoom arrière, plan large sur le paysage et le soleil qui se couche.

Écran noir

FIN